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Émile, étant de nouveau seul, quitta sa cachette et s'empara de la clé et de son sac, alourdi par les nouvelles victuailles que son alliée lui avait données. Il se faufile à nouveau derrière la toile rouge ; de la poussière vient lui chatouiller les narines. Il était au bord de l'éternuement ; il se pinça le nez pour éviter ce bruit qui pourrait alerter de sa présence.
Il inséra la clé dans la serrure. Elle était dure à ouvrir, comme si quelque chose bloquait le mécanisme. Au bout de quelques secondes, après avoir tourné la clé dans tous les sens, un cliquetis se fit entendre. La porte s'ouvrit avec un grincement digne d'un rouage mal graissé. Derrière la porte, pas de couloir, mais un escalier de meunier. Il tâtonna sur les murs pour trouver un interrupteur et il referma la porte, mettant la clé dans sa poche.
En haut de l'escalier, il découvre une immense pièce. Au sol, il y avait du parquet ; au plafond, de grosses poutres dont l'agencement ressemble à un bateau à l'envers. Il n'y avait pas d'éclairage dans le grenier ; seules des lucarnes dans le toit venaient éclairer l'endroit, dessinant des chemins d'or dans la pénombre. C'était immense, avec cette impression que la pièce était plus grande que l'appartement.
Le grenier était rempli d'objets insolites. Il y avait une silhouette qui portait une vieille robe, comme celle de son livre du Chevalier d'Éon, et un sac qui pendait autour d'un cou sans tête. La curiosité de notre espion en herbe se fit entendre et il ne put résister à la tentation d'aller l'ouvrir. Il trouve d'abord un petit carnet de cuir noir aux initiales E.B. gravées de couleur or. En l'ouvrant, un papier en tombe, qu'il ramasse.
Il s'approche d'une lucarne pour lire ce qui était inscrit dessus. C'était une invitation pour un certain Monsieur Beaumont Michel, pour recevoir sa médaille de Chevalier des Arts et des Lettres pour ses travaux sur le patrimoine de Tonnerre, et plus particulièrement sur la famille d'Éon de Beaumont. Le carnet était rempli d'heures, de dates et de rues de Tonnerre, ainsi que d'annotations bizarres.
Voilà qui titille sa curiosité d'espion. Il retourna vers le sac pour voir s'il ne trouvait pas autre chose. Il sentit un objet en métal et rond. Il le prit ; c'était une boîte avec les mêmes initiales gravées sur le couvercle que celles du carnet. Il y avait peut-être d'autres secrets à l'intérieur. Il l'ouvrit et un petit nuage de poudre blanche en sortit. Là, il ne put s'empêcher d'éternuer :
« Atchoum ! Atchoum ! »
« À tes souhaits ! » Une voix sortie de nulle part se fit entendre.
Émile se glissa derrière une vieille malle de cuir rouge, en serrant ses trouvailles contre lui.
« Bonjour, je suis Angelo. »
Une silhouette translucide s'avança vers Émile qui n'était toujours pas rassuré.
« Tu sais que ce n'est pas bien de fouiller dans les affaires des autres. »
Émile, toujours muet, se demanda s'il n'était pas envoyé par ses parents ; cela devait être un ennemi. Il se rapetissa encore plus derrière sa cachette.
« Sauf pour un espion tel que Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée d'Éon de Beaumont. »
Angelo avait réussi à dire son nom entier sans se tromper et d'une seule traite.
« Incroyable ! » se dit notre espion en herbe. « Moi qui avais mis cinq minutes à lire ce nom ce matin. »
« Trouvé ! »
Émile leva la tête et vit un garçon voler au-dessus de lui.
« Tu es Peter Pan ou quoi ? »
Angelo rit. Il sortit une épée en bois et la pointa sous le nez d'Émile.
« Tu as l'air surpris, petit espion. Tu pensais vraiment être le seul à te cacher ici ? »
« Oui », bafouilla notre fouineur.
« Tu sais, ici dans ce grenier, le temps est différent. Les enfants ne grandissent pas. Mais vivre dans les secrets d'un Chevalier, c'est encore mieux. »
Émile se décide à sortir de sa cachette.
« Comme disait un vieil ami commun : "Grandir, c'est pour les gens qui n'ont pas d'imagination". Alors, es-tu prêt à devenir le Chevalier du grenier ? Et venir avec moi découvrir ce royaume où seuls les enfants ont accès ? Les adultes ne verront rien, car seuls les Chevaliers dignes d'Éon peuvent faire vivre leurs rêves et devenir de vrais espions à travers les greniers de Tonnerre. »
A suivre ...