Je suis quelqu’un qui subit une torture mentale de la part de l’État, car je pense et vis différemment du citoyen lambda. J’ai été qualifiée de "mouton noir" et de violente par nos tribunaux. J’ai fait tout ce que l’on m'a demandé en bonne soumise, j’ai même fait de la garde à vue. J’ai été humiliée et rabaissée. À l'époque, j'étais en pleine dépression ; pour moi, ils ont profité de mon état de faiblesse et de solitude. Ils ont tout fait pour être en contrariété avec moi.
Ils ont mis mon fils dans une famille d'accueil dont la culture différait de la nôtre. Même s'ils vivent en France depuis longtemps, leurs racines ne sont pas les miennes. Ils ont pris mon inquiétude pour du racisme. J’ai demandé à faire baptiser mon fils, ils m’ont refusé en me disant que c'était trop compliqué à organiser. Mais personnellement, je n’ai pas envie que mon fils apprenne qu’une femme doit vivre dans l’ombre de son mari et dans la soumission.
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Lilian a une famille à part moi. Il a des oncles, des tantes, des grands-parents, des cousins, des cousines. Nous sommes en tout 230 membres dans la famille, mais il a fallu qu’ils le donnent à des inconnus. Ils n’ont jamais cherché à contacter aucun autre membre de sa famille qui aurait pu le prendre en tutelle.
Il est hors de question que je perde mes droits parentaux pour que l’État ait un contrôle absolu sur lui. Il a le droit de connaître ses origines et ses liens de sang, d’apprendre à être un Bourguignon, malgré son handicap.
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Quant à l'ASE (Aide Sociale à l'Enfance), je trouve qu’ils manquent de disponibilité. Ils ne mettent pas le parent en confiance, il n’y a aucun soutien de leur part, ni orientation. Une fois qu’on nous prend l'enfant, c’est "débrouille-toi". On n'a personne pour nous aider, ni organisme. À part les psys, on ne sert guère à grand-chose ou on nous oriente ailleurs. Un avocat ne travaille que sur convocation ; même pour un renseignement, il faut payer, et on n'en ressort souvent pas plus avancés pour autant. On se retrouve perdu au milieu de tout ça.
Là où je suis le plus offusquée, c’est quand je vois des enfants qui retournent chez leurs parents alcooliques ou drogués, et qu’on leur laisse la garde. J’ai vu plusieurs cas à Auxerre quand j’y habitais. Ma cousine travaillait pour l'ASE, elle ne m’a jamais aidée, alors qu'elle suivait une de mes voisines. Elle m'a juste dit que c'était quasiment impossible de récupérer son enfant une fois qu’il était placé.
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Au début du placement, j’ai eu des gens très bien qui ont suivi mon dossier et ça se passait correctement. Ensuite, ça s'est dégradé avec un changement de personnel. Je n’arrivais plus à entrer en contact avec eux, que je me déplace ou par téléphone. Impossible d’avoir quelqu’un avec qui parler. Alors j’en ai eu marre de me cogner la tête contre un mur et j’ai fini par abandonner. De toute façon, je savais qu'il n'y aurait rien eu de vraiment concret tant qu’on ne m’avait pas déclarée soignée de ma dépression, et que les accusations de violence sur ma personne n'auraient pas été levées. Il me semble que je devais recevoir une convocation du Juge aux Affaires Familiales tous les 6 mois ou tous les ans pour faire le point, mais je n’ai jamais rien eu de tel.
Je me suis sentie laissée pour compte par la société et impuissante face à cette entité. J’étais arrivée à un point où je n’avais plus la force de me battre. Si j’avais continué, je ne me serais jamais sortie de la dépression ni n'aurais retrouvé un équilibre mental.
Même si, encore à l'heure actuelle, je ne rentre dans aucune case que la société a conçue, j’ai maintenant un bon équilibre. Je n’ai plus aucun traitement pour la dépression, je ne vois plus de psy, je ne bois aucune goutte d’alcool et je ne prends aucune drogue.
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Maintenant, j’ai une maladie orpheline (la fibromyalgie). Elle n’a aucun traitement. Je vis avec des douleurs en permanence, plus ou moins importantes suivant les jours, avec des difficultés à marcher.
Il est temps pour mon fils et moi de faire connaissance. Maintenant, il doit être en âge de comprendre que je ne l’ai pas abandonné volontairement, mais par obligation. Il est temps qu’il connaisse ses origines avant que l'adolescence arrive et qu’il se pose des questions auxquelles personne en face de lui ne pourra répondre. Il est temps de répondre aux questions qu’il se pose déjà ; il y a des réponses que seule moi peux lui donner.
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J’ai cru comprendre dans certains rapports qu’il était violent à l'école, qu’il n'aimait pas ça. Je le comprends : le fait d’être rejeté car il est différent peut créer des réactions violentes. S’il tient de moi, c'est sans doute sa réponse. Dans cette affaire, il n’y a pas que moi. Mes parents, mon frère, mes oncles et tantes aimeraient aussi pouvoir partager avec lui, peu importe ce qu’il est amené à devenir, juste parce qu'il est de notre sang, de notre lignée. Connaître ses racines est important pour avoir un bon équilibre, ça aide à guérir plus vite.
J’ai un caractère très provocateur, je suis plus solide mentalement aujourd'hui, j’ai étudié la psycho, je connais aussi pas mal de droit. À l'heure actuelle, je suis capable de soulever des montagnes. Je me dis que nous devions passer par cette épreuve pour grandir chacun de notre côté et apprendre, pour que nous puissions échanger nos connaissances quand nos chemins se croiseront à nouveau.
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Quant à son frère, Jonas Nicolas Foret, il vit avec son père qui a eu la garde, vers Saintes en Charente-Maritime. C’est la seule chose que je sais sur lui. Son père a coupé tout contact avec moi, je n’ai aucune nouvelle. Je sais qu’un jour il viendra à moi pour savoir, quand il sera prêt. Il a 15 ans à l'heure actuelle.
J’ai eu cette impression pendant longtemps de n’avoir été qu’une "poule pondeuse" pour l'État, de ne pas avoir eu le droit d'être une mère avec mes défauts et mes qualités, de ne pas avoir eu le droit de transmettre mon savoir. Il est vrai que mes pensées vont souvent à l'encontre de la norme. Je n’ai pas du tout envie de m'intégrer à la société telle qu'elle est aujourd'hui, et comme ce n'est pas près de changer...
Cela n'empêche pas qu’il aura tout ce qu'il faut : un toit, de quoi manger, de l'amour. Il aura le droit d’être lui-même, il apprendra les choses à son rythme, il aura sa chambre. Je pourrai lui apprendre à gérer ses émotions, l'informatique, à se servir de ses capacités, à faire de ses points faibles des atouts. Je lui apprendrai la nature, les plantes, l'écoute, le calme, la cuisine, le bricolage, le dessin, la création... J’ai beaucoup de choses à partager avec lui.
Voilà, c'est tout ce qu'il y a dans ma tête et mon âme.
le 18 fevrier 2022
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